Même si mon addiction pour le 7ème art risque d’en faire une habitude, nous allons dire « une fois n’est pas coutume » avec ma découverte du week-end : Black Swan.

D’aucuns cantonnent Black Swan à l’univers artistique. Certes, comme le soulignent Les Inrocks, Black Swan, tel un conte dont il écorche les règles, se déroule en vase clos, dans un univers sportif impitoyable : le milieu de la danse classique
Pour faire court sur l’histoire désormais connue, Black Swan revisite le ballet de Tchaïkovski en faisant incarner à une seule et même artiste les deux cygnes : le blanc et le noir
Avec une noirceur à la Spinoza, Aronofsky joue avec les contraires et remet à plat la dichotomie existante entre le noir et le blanc, entre l’intraverti et l’extraverti, entre le bien et le mal. Car, oui, projetée dans son désir de perfection, Natalie Portman croisera un jour son double maléfique…qui la conduira tant à sa destruction qu’ à son salut.
Mulholland Drive, Les Chaussons Rouges…Certes, des parallèles troublants existent entre ces œuvres. Et alors ? D’une part, faire référence à des films qui ont marqué leur époque…il y a pire non?
D’autre part, jeux de faux-semblants, paranoïa & addiction sont des thématiques chères au réalisateur de Requiem for a Dream, qui parvient une fois encore à nous emporter dans les eaux troubles de nos représentations mentales les plus obscures ; j’invite donc les quelques détracteurs qui accusent le film de n’être qu’un copier-coller à consulter la filmographie d’Aronofsky
Mais si Black Swan nous dérange, s’il nous faut du temps pour nous en remettre, c’est bien parce que chacun, consciemment ou non, saisit ô combien les frontières entre passion et destruction, entre réalité et projections sont minces.
Ce que peu d’entre nous avons vu, c’est que Black Swan, par son titre même, est déjà évocateur. Non pas seulement par la référence intrinsèque au Lac des cygnes, dont il fait l’objet mais plutôt par l’allégorie à la théorie du cygne noir à laquelle il fait référence.
Cette théorie est illustration du biais cognitif : durant 2 siècles les hommes pensaient que seuls existaient les cygnes de couleur blanche..mais un jour un élément imprévisible survînt : ils prirent conscience qu’il existait des cygnes au plumage noir. Ils s’aperçurent que cette remarque empirique, érigée en loi, était fausse. Ils remirent alors en question l’ensemble de leurs certitudes sur la faune. Cette théorie tend à prouver que les raisonnements de l’homme se basant sur l’empirisme sont parfois faux, et que les conséquences des erreurs, une fois mises à jour, deviennent exacerbées.
Nassim Nicholas Taleb a remis au goût du jour cette théorie vieille de plusieurs siècles, en l’illustrant avec des faits tant emprunts du quotidien que des évènements qui ont marqué ces dernières décennies comme par exemple les conséquences du 11 septembre ou encore de la crise
Si l’on en revient au film, l’élément imprévisible est la prise de conscience que la perfection ne réside pas dans la maîtrise parfaite des enchaînements, ni de la beauté d’exécution, mais dans l’abandon de soi visant à VIVRE son art. L’élément déclencheur ? la rivale. Les conséquences exacerbées ?…Je vous laisse les découvrir..
Mais une chose est sûre : en dehors du contexte artistique dans lequel se déroule l’action, nous rencontrerons tous, un jour, notre cygne noir.

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Joliment dit !
Malicia recently posted..C’est un beau jour pour noyer son ex avec Lush- non
Merci pour cette explication limpide sur l’allégorie du cygne noir.
De plus, félicitations pour votre style. Le billet est agréable à lire, taclant des concepts avancés mis à la portée de tous.
LaurentB recently posted..Teasing SEO Campus – le PersonRank
Merci à vous !
Bel article qui résume bien ce que représente la corde raide sur laquelle nous marchons tous un peu plus chaque jour. Frontières de nous mêmes, découvertes de nos caractéristiques enfouies à cause de la bienséance qui nous heurte dans nos pulsions et nos envies, tout est en effet joliment résumé ici.
Mon analyse personnelle du film si ça intéresse : http://www.ca-surmoi.com/articles/black-swan-analyse-et-explication-du-film/
Merci pour cet article et bonne journée!
Elsa
Joliment dit !
Ancienne danseuse classique, je vais contrôler ce soir et regarder le film déjà d’un autre oeil.
Bonne journée à vous.
Soniadn
Pour ma part, pas de danse classique mais du tennis..et quelques similitudes dans l’enseignement malgré tout : des profs qui sont prêts à tout pour que l’on se dépasse..bref
Merci beaucoup pour ces compliments (à tous!)
Intéressant, j’ai justement le film sur mon ordi mais je ne l’ai pas encore regardé. Vous m’avez envie de le voir.
Super article, cela me donne envie de revoir le film rapidement
Allé hop ce soir si j’ai le temps.
Très bon film… Je ne m’attendais pas à apprécier un film sur la danse classique…